1944, les femmes tondues à la Libération

Deux oeuvres, une fresque et une sculpture aérienne, traitent le sujet des femmes tondues à la Libération :

Le Sacre des chauves et Les Patrons de Samothrace, réaliséés et racontéés dans cet ordre.

Bienvenue dans les coulisses d'une année de travail, s'étalant de mars 2019 à mars 2020, mois de leur exposition dans le cadre du festival Le Solstice de la chair au centre culturel et solidaire Le 100, situé au 100 rue de Charenton 75012 Paris. L'évènement - comme tant d'autres - fut annulé la semaine juste après le vernissage du 5 mars, en raison de la pandémie du coronavirus ; et malheureusement non reporté. La page tente de vous plonger dans la vie de ce merveilleux projet ponctué de belles collaborations et de belles rencontres. Alors bonne visite ! 

Le Sacre des chauves    Temps de lecture :  28 minutes + 26 minutes de vidéo  

Les Patrons de Samothrace   Temps de lecture :      minutes +   vidéos  

Le Sacre des chauves

Photographié par John Paul Sparrow dans mon atelier à Tours.
 
Pour l'anecdote, mercredi 4 décembre 2019, il n'a pas plu, juste le temps de prendre le cliché, mais juste assez pour nourrir quelques angoisses bien fondées à mon endroit. Ce qui fit bien rire John dont je saluai l'aplomb de l'habitude. Le déplacement du tableau, avec ses 2 mètres de haut et 3 mètres de long, pour le shooting en extérieur était la première épreuve épique pour mon système cardio-vasculaire - au moins tout ça sinon plus. Parce qu'après c'est la mort quand même, faut pas exagérer
- Oh ça va c'est léger, dit Jérome mon voisin.
Max est d'accord. Nous sommes donc 4 à avoir des mètres dans les yeux pour faire passer le tableau par la porte-fenêtre, pendant que je meurs sans voix au passage du mètre.
Léger oui, et encombrant, pas comme la mort. Rappelons que je l'ai frôlée 2 fois par la chance déjà si vous suivez bien. Donc tout va bien. Puis 4 mètres par 2 yeux, ça nous fait 8 mètres : voilà qui nous la tient à bonne distance.
Oui le tableau se regarde de près, et, de loin : la mort des femmes, même symbolique, est un sujet précis qui nécessite de la distance. Et mon endurance à leur égard est sans borne. 
Pour l'anecdoteMaxime Tschanturia, dit Max est photographe vidéaste professionnel aussi. Et Jérôme, ingénieur informaticien.
Pour l'anecdote, vous ai-je dit que Le Sacre des chauves était mon premier grand format ? Non ? Bien voilà c'est fait. Cela explique sûrement mon palpitant pour chacune de ses étapes. Et les deadlines de Denis Protéor, le curateur du festival, sans cesse en mode régime minceur. Souvent j'ai eu l'impression d'être un pull en laine belle, sacrifié sur l'autel du sèche-linge. Plusieurs fois. Un pull Giacometti. La pression et la sécheresse du temps sont parfois nécessaires : c'est un dosage cette affaire, comme au pressing. Faut la bonne adresse.
Pour l'anecdote, c'est Denis Protéor qui me suggéra après des heures conversationnelles fort plaisantes, de travailler sur les femmes tondues à la Libération ou les sorcières. Personnellement, ces 2 sujets n'en formaient qu'un dans ma tête, et l'histoire ne vient pas me contredire : elles sont perçues comme telles. Il faut absolument lire La France Virile de Fabrice Virgili, LE spécialiste de la condition des femmes en temps de guerre et de conflits. Non pas lire, que dis-je, dévorer. L'abus littéraire est toléré plusieurs fois, les effets secondaires merveilleusement nombreux. Le Sacre des chauves en sait rondement quelque chose: il faut s'approcher. La loupe peut être de bonne compagnie. Oser. Puis la timidité n'est pas un sujet ici, les femmes ont été déshabillées de force, détestées et désirées en spectacle par les foules. Pour les amoureux de séries, cela rappellera sûrement la marche de la honte de Cersei dans Game of Thrones saison 5. Mais c'est juste pour l'anecdote, car je ne m'en suis pas inspirée.
Pour l'anecdote, Le Livre Rouge des atrocités allemandes par l'image m'a été donné par John Paul Sparrow, qui le tenait de sa mère, danseuse étoile et artiste lyrique, qui le tenait elle-même de sa mère. Le Sacre des chauves est aussi une histoire des familles. 
Pour l'anecdote, 20 000, ce n'est pas le prix du tableau, c'est le nombre de femmes qui ont été tondues à la Libération. La Libération s'est bien libérée. 20 000, c'est une très très grosse anecdote dans l'histoire. Pour s'en rendre compte, compter jusqu'à 20 000. Sans se planter, 20 000 secondes représentent 5,5555555555556 heures. Juste pour l'anecdote... 
Pour l'anecdote, le tableau final a quelque chose en moins que sur la photo. Eh oui. Nooooon ! Si. Des fleurs en moins. En papier, je les avais découpées et coincées entre des coussins sans les coller définitivement, car j'hésitais. J'hésite beaucoup, parfois des mois des années, pour de vrai, alors je laisse en plan, puis je reviens plus tard terminer, ou corriger, rajouter quelque chose. Sauf qu'en fait je les avais, non seulement hésitées, mais pire oubliées ces fleurs ! Et c'est le jour du shooting qu'elles me sont revenues. Et pour cause, au premier cliché, Poly passait, les faisant tomber. Un papier qui bouge est toujours un amusement irrésistible : allons, l'évidence. Poly a des poils et quatre pattes. Miaule... Le cliché était fait. Je n'ai pas remis les fleurs. C'était bien tout compte fait sans. Poly-artiste. J'ai mis les fleurs dans la sculpture Les Patrons de Samothrace. Leur place.
Pour l'anecdote, "revenir sur un tableau",saviez-vous que cela porte un nom, enfin un verbe plus précisément dans le milieu des arts: "bonnarder", en raison de la manie qu'avait Pierre Bonnard de toujours revenir sur ses oeuvres. Aussi se baladait-il toujours avec un nécessaire pour ce faire. Je n'en savais absolument rien. Fascinant non ? Je l'ai appris il y a quelques jours en regardant sur Instagram, les récits quotidiens de Yoyo Maeght sur la fabuleuse story de la fondation Maeght. La Saga Maeght, LA série du confinement, tous les jours en live à 14h30, depuis le 8 avril et en replay sur IGTV et Youtube. Le format est super sympa, convivial et truculent d'anecdotes : on ne s'ennuie pas. Leçon familiale d'histoire de l'art. D'ailleurs, cela a motivé l'approche anaphorique de l'écriture de cette page. C'est dire. "L'anecdote" est toujours ce qui définit mon intérêt pour l'histoire avec un grand H, l'amour du détail, le croustillant de coulisses, le secret d'alcôve. 
Pour l'anecdote, je suis morte de panique en désarroi 2 fois pour de vrai compte double. Si vous suivez, il s'agit de ma quatrième mort dans le désordre. Le tableau, encore dans ses premières heures d'ébauche, est tombé. Nooooon ! Si. Pour de vrai. J'ai restauré. 2 déchirures. Petites mais déchirures quand même. Merde. On ne se démonte pas : on répare, on restaure. J'ai renoué avec la mort de mon premier métier qui restaurait. Il restait un peu de vélo, ça a roulé. Comme la vie après la mort. Toujours. L'optimisme c'est scientifique. Donc c'est carré, j'ai fait ça propre. Et merci le marchand de couleurs Cooleurs qui m'a donné de la toile adéquate pour les pièces de renfort. La sympathitude. La mort ça rend vivante. Et je suis née pour mourir, c'est du bol quand on y pense : ça déchire.
Pour l'anecdote,la police "Courier New" est bien pour faire livre d'heures d'anecdotes. Ça donne un look "rapport officiel" de 16h30. Un quatre heures copieux.
Pour l'anecdote, l'historien Fabrice Virgili, le photographe John Paul Sparrow, l'écrivaine Brigitte Piedfert, le curateur Denis Protéor et le directeur du 100Frédéric de Beauvoir, ont signé sur le tableau le soir du vernissage. À l'endroit de leur choix. Tout.te.s ont participé, chacun.e.s de façon différente à la maturation de mes imaginaires. La documentation littéraire a énormément compté pour moi, et je suis très reconnaissante que leurs auteurs.rices m'aient autorisé l'exploitation de leurs ouvrages dans mes collages. Ma réflexion artistique et technique s'en est fortement nourrie. D'autres signatures viendront, je l'espère. Le 5 mars n'était pas pratique pour tout le monde. Brigitte et John Paul ont fait long trajet pour ce moment : double salutation, saltos et bouquet de fleurs.
Pour l'anecdote, Les Affinités extatiques pour le festival du Solstice de la chair est ma première exposition parisienne. Première née, première arrêtée dans la maladie. Elle n'était pas imaginaire. Coronavirus n'est pas Molière, mais j'étais quand même verte sans porter l'habit. Un an de travail. Le salaire d'un artiste sont ses ventes. Cherchez l'erreur... 
Pour l'anecdote,j'ai planqué le visage de Denis Protéor et le blason de Frédéric de Beauvoir, directeur du centre culturel, dans le tableau. 
Pour l'anecdote,quand l'historien Fabrice Virgili reconnaît le travail de l'artiste, l'artiste est contente. Mais pourquoi parler à la troisième personne ? Alain Delon ? Non. JE suis contente. Très. Euphémisme. #fan. 
Pour l'anecdote, rien dans ce tableau n'est le fruit du hasard. Rien. Sauf les fleurs de Poly. Tout a une signification, une symbolique, parfois double exposant n. Des sommes de conversations ratées avec le public quand j'y pense. C'est toujours chouette d'écouter le public.
Pour l'anecdote, c'est au public que je dois l'appellation "fresque" de mon tableau, lors des Portes ouvertes de mon atelier du 3 au 6 octobre 2019 dans le cadre du dispositif Atelier Mode d'emploi. C'était pas déconnant, c'est revenu instinctivement plusieurs plusieurs fois dans plusieurs bouches, j'ai gardé ; et j'ai continué d'employer le terme. Le public aide à écrire sur soi bien souvent. Merci public. 
Pour l'anecdote, j'en ai encore 1000 à raconter. De quoi écrire un livre. Mais ce serait tuer la magie et la vie future de ce tableau, que j'ignore encore et à laquelle je réserve les futures anecdotes. Souhaitant qu'il ne meure pas dans l'oubli, comme trop souvent le sort des femmes dont il est question ici. Un jour, toutes les anecdotes seront dévoilées ici. Promis.
Pour l'anecdote, il n'existe pas de dessin préparatoire à ce tableau. J'ai beaucoup lu, visionné d'autant, le tableau s'est psychiquement maturé ainsi plusieurs mois. Et la maturation ça fige, je n'ai rien réalisé pendant presque 3 mois : une sorte d'hibernation créative non reposante, parfois douloureuse. Extrêmement mal dormi : le bouillonnement de la pensée est un stress inouï. C'est un moment où mon cerveau réalise un immense mille-feuille de Tétris en 4D, une réalité augmentée égoïste. La mémoire est irrationnellement sollicitée répétant la même information un nombre incalculable de fois comme si elle cherchait où la placer. C'est par moments douloureux, ça fait pleurer la cartographie cérébrale. Certain.e.s appellent cette phase "la culpabilité de ne rien faire". Les Culpabulos habitent la planète Iguenore-365 ; hostile. La poésie champêtre d'une partie de campagne de la création artistique, d'ailleurs, je ne sais d'où sort cette fulgurance, d'un fantasme populaire pour vendre de la légende urbaine certainement. Je suis une légende, et je ne le savais pas. Incroyable ^^
Pour l'anecdote,la technique du tableau-fresque sur toile est mixte : acryliques, crayon de couleur blanc, feuilles d'or 22 carats, poudre de bronze, collages littéraires, coussins en carton. 
Pour l'anecdote, il m'a fallu 1 mois entier pour fabriquer ces coussins de cartons, de la conception jusqu'à leur positionnement sur le tableau. Je vous laisse les compter pour l'anecdote. C'est mon côté usine des Temps Modernes.
Pour l'anecdote, le tableau est composé de 6 toiles de 1m x 1m.
Pour l'anecdote, le transport de l'oeuvre fut une aventure où je mourus encore par le coeur, de peur et de palpitant par la terrasse. Par la terrasse oui. C'est par là que le tableau fut descendu avant son transport vers Paris. 7 mètres de dénivelé avec cordages. L'atelier n'est pas en rez-de-chaussée... #penserunjouratrouverunatelierdepleinpiedpascher. William, Suzanne, Vincent, Jérome, Daniel et moi-même (stressant par intermittence de joie, de pleurs, de force transie, puis de soulagement une fois dans le camion) à la manoeuvre.  12 sangles furent nécessaires.
Pour l'anecdote, j'ai construis le coffrage du tableau pour son transport. Mon premier coffrage. Ce n'était pas une mince affaire. J'ai optimisé. C'est dans ces moments où il est facile de confondre artiste et cheffe d'entreprise. Joie du livrable. Se découvrir des compétences. Ne pas se démonter : le coffrage doit tenir et jouer son rôle. Okay mon Sacre, do not move, I love you :  you know that, don't crash. L'anglais mettait un peu plus l'aventure...
Pour l'anecdote, William est audio-prothésiste et Suzanne Pinon, designer textile - j'aime trop ce qu'elle fait -, Vincent est professeur d'espagnol caliente ; c'est aussi un amoureux des arts et des artistes. Sans eux...
Pour l'anecdote, Vincent Caliente a acheté mon premier grand tableau, Madame Rêve. Enfin grand, moins que Le Sacre des chauves ; puis d'autres. C'est un collectionneur, il aime les artistes. 
Pour l'anecdote, j'ai terminé d'écrire avec plaisir les anecdotes dans l'ordre filé où elles me sont venues sans intention de les classer ni de les ordonnancer, à 17h59 ce lundi 27/04/2020. 

 Le démarrage : sélection des photos historiques > choix cornélien...   

Les photographies d'époque, dont celles de Capa, sont d'une très grande intensité et libèrent en chaque cliché tantôt la liesse, tantôt la gravité de ces instants capturés à chaud. "Que pouvait être alors le ressenti de Capa dans le vif de ces mouvements de justice populaire ?" Fabrice Virgili en posait l'interrogation lors du vernissage du jeudi 5 mars 2020 dans une conversation. Comment aborder, comment traduire et apporter un éclairage nouveau sur ce chapitre de l'histoire de France ? Je ne vous cache pas que la problématique m'a particulièrement obsédée de longs mois ; le souci d'y verser mon propre regard de femme artiste et féministe s'ajoutant à la difficulté et à l'objectif de ne pas construire qu'une simple illustration historique mais un message peut-être plus général et contemporain sur la condition féminine (même si je déteste ce mot "condition" qui impose de facto une limite à un sujet qui souhaite ne plus en avoir).

Il était donc important pour moi de travailler sur des archives grand public, illustrant l'identité collective d'un instant bien français du sort réservé aux femmes jusqu'en 1946 ; et mettre la femme à l'honneur, la porter telle une déesse forte calme puissante dans l'entrave. Aussi le rendu du tableau se devait rendre instinctivement et en premier lieu une esthétique belle et absorbante avant de restituer la noirceur. Puis vous savez, ironiquement, j'use ainsi du même procédé aussi artificiel qu'inéluctable des choses, qui consiste à être d'abord piégé par l'image que par le sens caché. Le trompe-l'œil est toujours d'une artificialité provisoire : ses détails se dévoilent que si la curiosité s'approche, s'intéresse.

Puis ce sujet était intrinsèquement porteur de la rue : de la rue et de ses foules, la première impression est toujours distancée, globale, c'est après que l'action de son paysage vous accapare, parfois violemment. La composition de mon tableau ne porte aucune intention de reposer le visiteur : les yeux emmènent le reste du corps près de lui ; il y règne des secrets littéraires et dans les volumes que seule une communication de proximité presque intime peut en venir à bout. De voir les publics rentrer dans l'histoire par les yeux, comme des soupirant.e.s derrière la vitre d'un confiseur, ont été mes plus beaux paysages le soir du vernissage. Les têtes collées à l'oeuvre c'était amusant ; un instant, c'étaient des visages de plus dans les foules autour de mes déesses, ces monstres de foire qui suscitent le désir de toucher, ou celui d'apprendre pour être dans la confidence d'être en parfaite sécurité. 

Bien-sûr que le résultat visuel peut se suffire à l'appréciation furtive d'une poésie passagère et instinctive, qui dégoûte, enchante ou laisse le soin meilleur au marbre, mais la dimension pédagogique dans ce travail m'importait, au-delà des discours féministe et esthétique : les collages littéraires sont d'une importance capitale et participent au savoir ; une incitation personnelle aussi à conduire le public vers les textes de référence, supports aux 2 réalisations Le Sacre des chauves et Les Patrons de Samothrace. Derrière l'oeuvre, d'autres oeuvres, excepté pour Sorcières dans Les Patrons de Samothrace, qui ne figure pas dans les pièces de la sculpture.

Kakemono de détails

Le Sacre des chauves

Aux femmes tondues s'agrègent aussi le thème de la condition féminine en général et les notions de "sorcière" et de "déesse" que j'entremêle dans mon propos artistique. Mon interprétation picturale de cette période joue - entre autres - des usages linguistiques et sémantiques d'autrefois et d'aujourd'hui : les "comment en parlait-on à cette époque?" , "comment en parle-t-on aujourd'hui?" ; et quelle est ma perception de ces pages historiques que je n'ai pas abordées à l'école, en tant qu'artiste contemporaine et féministe. 

Mon ambition n'est pas de provoquer mais de composer sur le sujet comme le ferait un.e romancier.e, en rassemblant des sommes de faits documentés, vérifiables et les processus artistiques qui sont les miens dans une démarche respectueuse de mon sujet et des auteurs et autrices qui m'aident à construire mon regard personnel. 

 

Les apports documentés pour ce tableau sont :

au démarrage, et qui a construit la composition du dessin préparatoire directement sur la toile et l'univers esthétique:

Des photos d'époque dont celles de Capa,

La Tondue de Chartres de Patrick Cabouat, Des Paris Match des années 1940,

Les illustrations de Doumergues in le Livre Rouge des atrocités allemandes par l'image, Le dessin animé Aphrodite, sous la loi du désir de François Busnel,

Des conversations-témoignages dont celle avec ma grand-mère, témoin à 15 ans de la tonte de sa patronne à Alençon et encore choquée, traumatisée par cette pornographie populaire, 

Ensuite, des foules sémantiques et cheveux littéraires, ma perception s'est arrêtée sur les ouvrages suivants :

La France virile de Fabrice Virgili, l'article dédié d'Olivier Cariguel dans la Revue des 2 mondes de juin 2019,

Sorcières, La Puissance invaincue des femmes de Mona Chollet,

Délit d'amour de Brigitte Piedfert,

Un si long sanglot d'Agnès Wack,

Comprenne qui voudra d'Eluard ;

et les désordres apparents des retombées random de moteurs de recherche.

Aphrodite, sous la loi du désir de Franç

Documentaire animé Aphrodite, sous la loi du désir de François Busnel, in la série Les Grands Mythes, épisode 8, Arte TV. 

Je trouve cette série passionnante et les dessins en ombre chinoise fabuleux, me rappelant les dessins animés Les Contes de Grimm que je regardais petite avec une impatience pénible entre chaque épisode. C'était magique, j'étais fascinée de ces histoires merveilleuses et terribles et les ombres chinoises ajoutaient à ma peur.

La mise en scène en dessin du "coup de filet" d'Héphaïstos, époux d'Aphrodite, dans cet épisode pour capturer l'adultère m'a inspirée une forme de transposition pour Le Sacre des chauves : nombre de femmes tondues sont reconnues coupables de "Délit d'amour" comme le rappelle le titre de la nouvelle de Brigite Piedfert dans Les Sales douze polars débarquent en Normandie.

Brigite que j'ai rencontrée à Caen lors de l'exposition

4 artistes 1 écrivain dans le jardin dudit écrivain, Arnaud Roquier, qui avait invité Brigite Piedfert, son mari éditeur et Agnès Wack autrice d'Un si long sanglotPour l'anecdote... ^^

 Au commencement était le châssis : ça se tient...          

Bon. Au moment où je conçois cette partie des Zaventures pour Le Sacre des chauves, ce 28 avril 2020 à 12h26, quelque chose me saute aux yeux sur ces photos prises le 29 avril 2019 à 21h46 et ce n'est pas sans m'amuser un peu. Déjà, notons que cela fait 1 an pile poil, que c'est déjà funny funny en terme de timing. Mais si mais si... Coïncidence ou signe ou pur hasard des choses, accolé au mur, il y a un tableau : il s'agit d'une huile sur toile intitulée Les Fous que j'ai réalisée en 2011 quand je vivais encore à Orléans. Et confidence pour confidence, c'est précisément ce tableau qui part dans les enchères online sur rouillac.com à l'occasion du dispostif #SoutienUnArtiste qui aura lieu du 30 avril 18h au 6 mai 15h.

Elle est pas belle la vie ? J'en fais trop ? Ok je sors... passons à la suite, la préparation du fond de toile.

 Au fond il y a les couleurs de Mai joli Moi.s          

1er mai 2019 : c'est un paysage monochrome d'acrylique noire diluée appliquée au spalter. Ce tableau est l'histoire d'une vision, celle d'un ciel et d'une terre dévastés par la guerre. L'orage y gronde en cercles noirs épais que le vent balaye comme pour rayer mes yeux. j'ai re.gardé longtemps ce paysage devant moi avant d'inscrire la couleur, il me suffisait. J'aurais voulu garder ce noir, en faire une copie, pour réaliser le Sacre qui s'annonçait, mais je n'en avais pas les moyens. 

Le 3 mai, les yeux, habitués, réparés, découvraient enfin ce nouveau paysage. Le vent avait dissipé des ouvertures, écarté l'orage : des chants militaires faisaient le refrain à l'horizon violet. La Libération. J'aurais voulu conserver ce paysage : il me suffisait lui aussi. Mais je n'en avais pas les moyens.

Au départ est donc une terre sans femmes, un paysage tourmenté par la disparition. Puis elles arrivent, fantomatiques, rennaissantes par le trait blanc d'un crayon de couleur, et bientôt victorieuses dans les fanges, terres de sienne qui sont les leurs dans l'histoire.

Et dans les chairs repoussent les sombres heures du Livre Rouge des atrocités allemandes par l'image, soudain reflet de la France, qui par collages une guerre plus tard, de même s'exécute. C'est la victoire. Je suis dans la rue en 1944, 7 femmes sont là et j'entends la foule qui arrive par cartons. 

Paris Match couvre l'évènement.

L'accident,

La mort par 2 fois compte double,

La restauration

Photographies des deux déchirures consolidées le 6 août 2019, déformation de la toile par l'impact résorbée, aplanissement ok. La peinture n'a pas bougé à la crevaison, les plaies sont nettes. Pièces de toile (merci Cooleurs, le marchand de couleurs) en renfort à l'arrière du tableau. 

Pour l'anecdote, la déchirure 1 a rencontré un coin de table, la déchirure 2, un haut de chaise. Range Céline, range, nom de dieu de nom de dieu de bordel de merde*!

*Éloignez les enfants...

Mise à plat du tableau pour restauration : un fer en métal avec sac de sable vient jouer de son poids pour immobiliser la pièce de renfort pendant son séchage et maintenir l'aplanissement. 

Improvisation d'un plateau de 2 mètres par 3, pour la mise à niveau de tableau : rock n' roll... étais de fortune (desserte matériels et petite table qui fait les yeux ronds avec ses pieds de biche)rehaussés de planches.  

Pour l'anecdote, sur le mur de droite, il s'agit des Femmes aux parapluies, issu du voyage de Queen, reine d'Ébouchyn (personnage de fiction d'un de mes écrits, j'aurais l'occasion d'y revenir une autre fois.)

Pour l'anecdote, au fond, la fameuse porte-fenêtre par laquelle Le Sacre des chauves est parti pour rejoindre l'exposition Les Affinités extatiques parisienne.

Mais à quel moment eut lieu l'accident ?

Bien oui tiens... 

Bien peu de temps après la pose des premiers coussins de carton peints : aucun visage touché, ni l'or des feuilles fraîchement collé, ni les coussins, ni les documents littéraires et illustrations  d'époque.

Vous croyez à la chance du bol ? Moi oui.

À la bonne étoile ? Parfois, mais ça c'est plus une question de météo quand elle est ciel en clair, donc bon...

Pour l'anecdote, sur le mur du fond, une crinère de cheveux des futurs Patrons de Samothrace pend sur des panneaux de bois, construits et enduits il y a peu. Ce sont les supports des Cahiers Argentins issus des petits formats éponymes qui seront bientôt portés à grande échelle.

Le petit cadre noir devant sur la colonne  renferme La Relative attractivité pour le féminin (une peinture sur la place des femmes dans les mathématiques et la science dans l'histoire). Cahiers et Relativité rejoignent le même festival, la même exposition : tous confinés au centre culturel Le 100ecs, en attendant la fin du confinement et le rapatriement... 

Les cartons, de coussins : long déménagement...

Comment faire habiter dans le tableau la foule, déterminée,  oppressante, qui s'entasse avec liesse et plaisir autour du corps de ces femmes, fraîchement tondues ? Comment confiner l'étranglement de son confort revendiqué, sa caresse permissive, intrusive, ses visages multiples de la domination populaire ?

Les marches de la honte se superposent aux chemins de milliers de bras et de cris étouffants, ça siffle partout comme le contenu d'un seau tombé qui se répand : des doigts d'écume qui s'agglutinent en ressacs éparses sur le féminin. Pour X raisons. 

Préparation des coussins qui construiront les foules avec des visages extraits des Paris Match des années 1940.

Carton blanc, colle blanche, café noir de débarquement.

La répétition vous rend le Temps Chaplin à l'épuisement :je moderne à la vitesse du possible moins le cran porté à l'usure de l'endormissement. Ne pas se couper les doigts.

C'est le temps où je m'étale, il y a des coussins partout, dans l'atelier, dans l'appar-tement, enfin c'est pareil...

Corbeille de coussins qui intègreront bientôt le tableau lorsqu'ils seront peints.

Quelques fournées ont été nécessaires...

Cette jolie corbeille vient de Tanzanie, achetée sur le marché de Kiboriloni quand j'étais en résidence artistique avec l'association EDK pour les enfants du Kilimanjaro. 

Chat Poly

Chat guilty

Chat chuffit

Chat d'artiste

Chat gymnaste

Chat noir

Chat blanc

Ch'adore

Pour l'anecdote ... le tableau sera systématiquement retourné pour ne pas qu'elle attrape les coussins collés sur le tableau.

 Autres lectures gravitationnelles                                              

étiquette (1944) collée au dos de la couverture du Traité du paysage (1941).

Dimensions : 5 cm x 7 cm

J'ai perdu la couverture de Paul Éluard, j'espère qu'il n'a pas froid - #sorry Le livre est comme tondu, je voulais pas. En rangeant mes coupures de papiers, un jour, je te retrouverai, ne t'en fais pas, et je rapporterai la couverture à toi.

Ci-dessus, l'incipit d'Inscrire et Effacer de Roger Chartier : inspirant n'est-ce pas ? Il donne envie de lire. Et ce travail sur la mémoire est évidemment très important quand on aborde le sujet des femmes tondues à la Libération. Dès qu'il s'agit d'histoire en fait, le facteur mémoriel est inévitable et le lier avec l'aujourd'hui, une évidence ;  le langage, une autre forme visuelle pour en témoigner. Aussi les paysages sémantiques parsèment l'espace dans Le Sacre des chauves. J'ai retenu 609 mots et expressions pour parler de ces femmes tondues. C'est un drôle de nombre. J'en veux un peu à l'aléatoire de ne pas m'avoir livré au hasard du final de mes lectures, un nombre en lien avec ces femmes. Sérendipité boudeuse. Si sorcière en femme il y a, à quoi bon la sorcellerie si ça ne fonctionne pas, pffffff. Nan mais la déception quand même... Le paysage sémantique des femmes tondues me laisse une trace mémorielle de 609. Soit. D'un point de vue mathématique, 609 n'est pas un nombre premier, il n'est pas parfait non plus, comprend 8 diviseurs (1, 3, 7, 21, 29, 87, 203, 609) dont la somme fait 960. Tout ça pour juste mélanger le nombre de départ, bien la peine... histoire de bonne femme. Bien voilà, c'est çà le rapport ^^.

"La sorcière tisse des tapis extraordinaires" écrit Mona Chollet. Voilà qui nous fait belle transition pour le rappeler aux Patrons de Samothrace.

À la fin c'est toujours l'emballement, quoi qu'on en dise...

Alors,

J'emballe

J'emballage

Je bois coffrage

Je fort collage

Je vissage

Je renforçage

J'encadrage

Je filmage

Transparent des métrages

Et d'oranges sanglages

Son bel entourage !

Je serrage

Je bavardage beaucoup pour combler le manque de photos et rendre à cette aventure cette partie d'hommage :

c'est ma foi 4 jourages de manuelage,

avec mains, tête et courage.

De mon seul sou, dommage...

Les Patrons de Samothrace

Les Patrons de Samothrace

 

J'ai voulu construire une sculpture légère compte tenu de la charge historique et émotionnelle du sujet des femmes tondues à la Libération, avec le souci d'offrir un propos sur mesure évitant toute lourdeur : il me fallait joindre différents objectifs sémantiques et symboliques propres à incarner ces femmes :

- le vêtement, qu'on leur enlève. La photo de Capa d'une femme en nuisette m'a donné la direction d'une robe très fine et ajustée.

- la nudité des processions. La transparence de la matière se devait de tout dire du corps qui se montre.

- Le poids de l'histoire : Les textes conservés dans des écrins de plastiques comme ceux qu'on réserve aux papiers officiels, sont   découpés de façon lisible et à la fois partielle, car la tonte est un sujet connu et caché à la fois, dit et non-dit, assumé et non-assumé, et le geste est volontairement aléatoire.

- les numéros sur chaque pièce : à la fois codification du patron de couture et recensement des femmes ; il m'était important aussi de travailler la dimension de tatouage, certaines l'ayant été. Je ne voulais pas insérer de croix gammée dans mon travail.

- Le rouge, le rappel du mercurochrome ; le noir, le goudron ; les plumes, le coq français.

- le contact de la foule : chaque pièce se veut être la division d'un geste, d'un toucher, d'un mouvement, le contraste d'un pluriel sur un singulier.

- la victoire, symbole fort et héroïque qui montre la voie : la Victoire de Samothrace m'est venue instinctivement comme une évidence porteuse d'un propos général véhiculant le mythe déifié de la femme.

- la sorcière, pour toute la dimension ritualisée et folklorique des croyances populaires, et religieuses : le rapport du bien et du mal, l'enfer et le paradis ; la suspension est là pour manifester la chute ou l'élévation. - Le doré du serti des pièces pour la notion sacrée, auréolée : le corps est une terre sacrée, ici ravagée, un territoire morcelé.

- le mot "patrons" dans le titre est au pluriel pour les différentes définitions rapportant l'autorité, la mesure à suivre, la cadence historique, les vainqueurs, le patriarcat.

Pour l'anecdote, le poème Les Patrons de Samothrace m'est venu le jour même du vernissage, dans la chambre d'hôtel.

Des mois à bouillonner, puis, paf, ça tombe comme si vous étiez assoiffé.e et que vous n'aviez pas la possibilité de boire. Pas le temps. Focalisée dans une mort proche.

Comme une sorte de stress magique qui vous bloque tout ce qui ne va pas pour concentrer l'essentiel à donner.

Bref, rien ne sert de courir avant, si l'arrivée de l'arrivée vous fait voler.

Mais l'urgence, ah l'urgence de la dernière minute, vous fait douter parfois de l'intérêt de toutes les précédentes à tout trouver en une seule fois sans se presser.

J'étais là-bas à nouveau, en 1944, dans la rue, regardant ces femmes, écoutant les bruits les mots de la foule. J'étais là-bas un instant pour écrire : j'ai profité que la fenêtre soit ouverte pour me sauver. Écrire.

Les Patrons de Samothrace

Patrons de Samothrace

Patrons de foire

En défilé : les marionnettes,

Délient les langues des concierges notoires.

Dans les ciseaux du coiffeur

Donne à voir la douceur

De ton crâne aux siffleurs.

Rendez au nouveau laideron

Les traits plus grands de sa hideur.

     Et chantez,

           Et sifflez,

     Les amantes,

           Les-giflez

« Fais-toi belle ma mignonne ! 

Haut le cœur !»

Au spectacle invite femmes et enfants,

Donne le sein à toutes les bouches

À toutes les mains en fleur

Qui te touchent,

Qui applaudissent en grand,

Le Sinistre Grévin vivant.

      Et riez,

            Balancez,

      Les aimées

            Haïssez,

Habitué, Dieu tout Pardonne

En Samothrace, les Patron.ne.s

Les Patrons de Samothrace,2020

Texte © Céline ROBBE

À l'origine de leur conception, Les Patrons de Samothrace sont une sculpture aérienne destinée à la performance : corps, temps, espace étant tous les trois des sujets inséparables de la tonte des femmes. 

Des cheveux coupés sont laissés au sol sous la sculpture suspendue à hauteur de visage et des ciseaux jonchent le sol : mon interrogation était de savoir si le public prendrait les ciseaux pour couper les cheveux de robe, une fois que j'aurai moi-même coupé un morceau.

Je voyais une expérience à filmer intéressante, et pour le devenir esthétique de la sculpture, et sociologique.

Les seins suspendus comme des oiseaux de part et d'autre de la robe sans corps font partie de la performance et sont à distance du toucher des mains du public. Les mains sont la caresse et la gifle d'un coq qui a décidé de "voler dans les plumes".

Les Patrons de Samothrace sont censés faire face aux femmes dans Le Sacre des chauves comme deux oeuvres en dialogue.

Mais l'installation au centre culturel Le 100, n'a pas pu permettre, ni le face à face, ni la performance.

Les patrons : l'histoire de la mesure à la mesure de l'histoire.

Les textes de mes chèr.e.s auteurs.rices rentrent ainsi en inclusion plastique pour un long moment, comme des instants photographiés de leurs histoires : entre 4 et 11 oeillets sont nécéssaires par pièce, ça en fait, bien... pas loin de 2000, voire un peu plus, j'en avais ma fatigue de les compter : je regarderai les factures plus tard pour savoir le nombre exact avec ceux qui me restent ; et en même temps, on s'en fiche un peu ? Pas sûr, ça participe au récit, ce sont ces petits détails qui croustillent dans l'Histoire qui me passionnent bien souvent aussi dans les oeuvres des autres : l'anecdote, le livre d'heures, la liste de courses, la pinaille de la symbolique dans les peintures, la mouche prise au piège dans le balai de la peinture (Olivier Debré), le nombre de kilomètres parcourus, le poids d'une étoffe, le compte, le duitage, etc. 

Pour l'anecdote, ce travail d'inclusion à des fins sculpturales n'est finalement pas le premier. Je le pensais jusqu'à la nuit dernière du 7 mai - le travail d'écriture que je m'impose ici pour expliquer mon propos artistique amène naturellement à l’introspection pour choisir les bons mots de bien en parler - le souvenir d'un voyage scolaire en Hollande en 1995 organisé par mon professeur d'arts plastiques, Stéphane Buissart, m'a rappelé la sculpture-veste que j'avais créée au retour. Il fallait alors restituer un compte rendu du séjour en volume. La veste était un assemblage de sacs de congélation transparents - portes sandwiches nomades pas chers, dans lesquels j'avais enfermé tous les instants de vie d'une semaine de visite: du fromage, des tickets d'entrée, des tulipes, des cheveux, etc. Les sacs étaient reliés entre eux par de fines bandes de scotch épais de couleurs qui rappelaient les Compositions avec du bleu, rouge, jaune, noir de Mondrian ; la boutonnière était construite avec des seringues en plastique, on en avait vues sur les trottoirs et dans les caniveaux à Amsterdam. 

L'histoire des cheveux était un clin d’œil à l'artiste qui au Kröller-Müller Museum avait à cette époque conçu une installation absolument impressionnante consistant en une sorte de tunnel où gravitaient des millions de cheveux : il fallait physiquement traverser et engager tout son corps jusqu'à une salle suivante - pas le choix -, émotionnellement, j'ai le souvenir d'un passage éprouvant, fascinant et perturbant, ça n'était pas ludique, c'était puissamment artistique et poétique. J'avais 17 ans, j'en aurais probablement un ressenti différent aujourd'hui : j'ai été marquée, tatouée de cet instant, mais j'ai perdu le nom de l'artiste. #SHAME. J'ai donc ce soir, samedi 9 mai, écrit un mail au Kröller-Müller museum : j'espère un retour optimiste et une image qui sait... pour l'anecdote...

Une photo de ladite veste est aussi dans le programme des recherches.

   Le meilleur des retours optimistes   

Kröller Müller Museum 12 mai 14h42 :

"Dear Ms. Céline Robbe,

The work you saw in 1994 was part of the temporary exhibition Heart of Darkness (starting 18th December 1994). The work United nations, Dutch monument V.O.C - W.I.C. (1994) is from the artist Gu Wenda. You will find it if you follow the link :

https://krollermuller.nl/tijdlijn/heart-of-darkness

Best wishes,

Met vriendelijke groet,

Bas Mühren

Collectie en Onderzoek

Kröller Müller Museum

Houtkampweg 6|6731 AW Otterlo "

"L" est presque terminée, les ajustements sont progressifs : chaque parte de la sculpture est une ode au féminin. J'ai beaucoup aimé ce grand L enluminant l'article d'Olivier Cariguel dans La Revue des deux Mondes. C'est probablement le premier détail sur lequel tombent les yeux des visiteurs. L désigne à la fois la partie d'un tout, et le tout de l'ensemble. L est singulière et puri.elles.

Pour l'anecdote, un motif en "Y" dans les inclusions d'ouvrages, à gauche sur la photo, en bas de la robe, revient aussi au dos de la robe. C'est un symbole récurrent dans mon travail, il incarne l'appareil génital féminin et se retrouve dans presque toutes mes œuvres, des plus anciennes aux plus récentes : il est tantôt inconscient dans le dessin, presque machinal, tantôt conscient, imposé comme une marque. Sa présence ici à plusieurs reprises dans la robe de la sculpture participe à la lecture historique de l'événement : la place des femmes dans l'histoire et l'obsession genrée du rituel dans l'exercice de la tonte. 

Pour l'anecdote, 20 tresses complètes de cheveux longs de 1 mètre et 2 mètres furent nécessaires pour le bas de la robe et les ailes (que l'on voit sur la première photo en tête d'article). Autre multiple en résonance aux 20 000 femmes tondues de 1943 à 1946. 

Pour l'anecdote, la longueur des ailes correspond à la longueur du déploiement des bras s'ils étaient. Chaque aile est constituée de 3 parties, conceptualisation personnelle que j'ai obtenue après observation des ailes de la sculpture La Victoire de Samothrace.

Pour l'anecdote, Simon, sur l'escabeau dans la vidéo ci-contre, est le régisseur du centre culturel Le 100, sa patience est redoutable.

Foule de pièces ajustées autour du corps. Le patron de la robe contient 200 pièces exactement :

je la voulais comme un multiple aux 20 000 femmes tondues à la Libération. Le patron en carton est la première étape de la sculpture : pas de dessin préparatoire, j'ai bouillonné intérieurement cette sculpture des mois entiers : comment rendre léger quelque chose de très lourd sans perdre la force historique du sujet traité ? J'ai vite réalisé que la mode faisait ça tout le temps : astreindre et libérer le corps de la femme, cette problématique revient sans cesse, elle est même au coeur de son utilité et de son évolution, puis la mode en spectacle défile. C'était çà, il fallait une robe. Le territoire morcelé que j'avais en tête s'est vite rappelé des robes en métal de Paco Rabanne : il avait fait du métal, quelque chose de soudain très léger, fluide et ajusté. Gamine, j'étais fascinée par ces robes qui sentaient le futur, par tout cet univers de la haute couture d'ailleurs, je n'en ratais pas une miette ; et des robes, j'en dessinais plein, j'ai longtemps envisagé, rêvé ce métier. 

Préparation du corset métallique de la sculpture

Le corset est ensuite passé à la bombe dorée pour être invisible derrière ls inclusions littéraires et les oeillets de même couleur.

Le séchage du corset métallique est un balancement poétique !

Pose des cheveux sur le corset. Poly, désormais célèbre dans cette aventure, explore le ventre de l'histoire : voyage au centre de l'univers féminin.

Dessin prototype des ailes à échelle 1. Poly en inspectrice des travaux finis #evidemment. 

Préparation des armatures métalliques des ailes. Poly toujours fidèle au suivi des travaux. 

Simon accroche Les Patrons ed Samothrace

 © Céline Robbe artiste peintre         

  • Facebook - White Circle
  • Instagram - Cercle blanc
  • LinkedIn - White Circle